Université du Québec à Montréal | École des médias

Photo de l’album Nevermind de Nirvana (1991)

la naissance du capitalisme

Le système économique dominant d’aujourd’hui, celui qui organise, entre autres, nos rapports sociaux, est compris sous le terme de capitalisme.

Comme pour le mot économie, le mot « capitalisme » réfère à une multitude de réalités et peut être compris différemment selon la posture que nous adoptons.

Cette partie du cours vise à poser les bases conceptuelles et historiques du capitalisme.

CAPITALISME

A. Système économique reposant sur la propriété privée des moyens de production, la libre entreprise et la recherche de profit.


B. Régime politique, économique et social fondé sur la dissociation entre les propriétaires des moyens de production (capitalistes) et les travailleurs qui les mettent en œuvre (prolétariat).

« La “soif d’acquérir”, la “recherche du profit”, de l’argent, de la plus grande quantité d’argent possible, n’ont en eux-mêmes rien à voir avec le capitalisme. […] L’avidité d’un gain sans limite n’implique en rien le capitalisme, bien moins encore son ”esprit”. Le capitalisme s’identifierait plutôt avec la domination, à tout le moins avec la modération rationnelle de cette impulsion irrationnelle. Mais il est vrai que le capitalisme est identique à la recherche du profit, d’un profit toujours renouvelé, dans une entreprise continue, rationnelle et capitaliste – il est recherche de la rentabilité. Il y est obligé. Là où toute l’économie est soumise à l’ordre capitaliste, une entreprise capitaliste individuelle qui ne serait pas animée par la recherche de la rentabilité serait condamnée à disparaître. »

Sur les origines du capitalisme 

(à visionner (au moins) jusqu’à 12:30)

définitions : capital

La notion de capital est très complexe à définir, puisque le mot peut prendre différents sens selon le contexte, selon l’usage, selon l’auteur.  

Même si l’on ne retient que l’approche économique du concept, la polysémie du mot demeure très grande. Par moments, il désigne quelque chose de bien précis (un somme d’argent, une propriété), par moments, il englobe un ensemble d’éléments indéfinissable (ensemble des sommes en circulation). Pour certains, il constitue un potentiel d’émancipation et d’enrichissement, pour d’autres, c’est une source d’aliénation et d’oppression.

Définition libérale

Ensemble de ressources hétérogènes (monétaires, matérielles, animales, humaines, etc.) susceptibles de procurer un revenu.

« Selon la conception néoclassique traditionnelle, le capital est vu plus précisément comme un des facteurs de production, soit un ensemble de ressources reproductibles dont l’emploi permet […] d’accroître la productivité du travail humain. » 

Définition marxiste

Type de relation sociale qui organise la société en classes d’individus qui possèdent le capital (capitalistes), et classes d’individus qui constituent, par leur force de travail, l’un des éléments du capital (travailleurs).

« Dans ce sens, nous dit [Marx], “les moyens de production matériels (machines, etc.) ne sont pas par nature du capital, ils ne le deviennent que lorsqu’ils sont mis en œuvre par des travailleurs salariés et qu’ils permettent de dégager de la plus-value” (Marx, Le Capital), et donc du profit. Pour lui, toute la question est de savoir d’où vient ce profit, autrement dit cette plus-value. À ses yeux, elle a pour origine le fait que les capitalistes ne paient pas la totalité de la valeur que les salariés produisent par leur travail. »

« Le monde capitaliste n’a pas surgi ex nihilo remplaçant de but en blanc le monde médiéval. La firme capitaliste, les institutions et les pratiques fondamentales du capitalisme, comme le crédit ou le commerce, existaient déjà dans le monde antique (Schumpeter, 1946, p. 189). Le capitalisme démarre dans des îlots, des poches, et non dans l’ensemble de la société. Ses caractéristiques sont déjà présentes dans « l’ancien monde » et notamment dans le monde gréco-romain : « Il y avait des usines produisant pour des marchés ; il y avait des banques et des marchands qui faisaient du commerce international. Les bouleversements et les dévastations accompagnant la chute de l’empire romain de l’ouest ne détruisirent pas entièrement le commerce capitaliste et les manufactures » (Schumpeter, 1946, p. 189). »

Marchands phéniciens
(gravure tirée d’un ouvrage de 1881)

« À l’intérieur du monde médiéval, les obstacles sont multiples : les corporations limitent les innovations ainsi que la production et déploient un cadre réglementaire imposant (Schumpeter, 1954, I, p. 254). Néanmoins, l’initiative reste possible : des individus dotés “d’une énergie supranormale” savent s’affranchir des réglementations des guildes, en allant s’installer en dehors de villes où leur poids était trop important (Schumpeter, 1946, p. 190). Les raisons de ce comportement résident dans la recherche de prestige, d’une mobilité sociale ascendante, en se consacrant à la fonction sociale la plus adéquate, la plus valorisée du moment […] »

Scène de marché, fragment de Ecce Homo,
(Pieter Aertsen, vers 1550)

« Les principales avenues conduisant vers la promotion sociale et les gros revenus consistaient dans l’Église (presque aussi accueillante tout au long du Moyen Age qu’elle l’est de nos jours) et aussi dans la hiérarchie des seigneurs militaires – parfaitement accessible, jusqu’au XIIe siècle, à tout homme physiquement et moralement qualifié, et qui ne s’est jamais complètement fermée ultérieurement. Cependant les capacités et les ambitions hors série ne commencèrent à se diriger vers une troisième avenue, celle des affaires, qu’à partir de l’époque où se révélèrent les chances ouvertes aux entreprises capitalistes – d’abord commerciales et industrielles, puis minières, enfin industrielles. » (Schumpeter, 1947).

Gouverneurs de la Guilde du marchand de vin
(Ferdinand Bol, 1680)

« Nous appellerons action économique « capitaliste » celle qui repose sur l’espoir d’un profit par l’exploitation des possibilités d’échange, c’est-à-dire sur des chances (formellement) pacifiques de profit. […]

L’important pour notre concept, ce qui détermine ici l’action économique de façon décisive, c’est la tendance effective a comparer un résultat exprimé en argent avec un investissement évalué en argent, si primitive soit cette comparaison. Dans la mesure où les documents économiques nous permettent de juger, il y a eu en ce sens, dans tous les pays civilisés, un capitalisme et des entreprises capitalistes reposant sur une rationalisation passable des évaluations en capital. En Chine, dans l’Inde, à Babylone, en Égypte, dans l’Antiquité méditerranéenne, au Moyen Age aussi bien que de nos jours. […] Pendant longtemps cependant, le commerce n’a pas revêtu comme le nôtre aujourd’hui un caractère permanent; il consistait essentiellement en une série d’opérations isolées. Ce n’est que graduellement que l’activité des gros négociants a gagné une cohérence interne (notamment avec l’établissement de succursales). En tout cas, entreprise capitaliste et entrepreneur capitaliste sont répandus à travers le monde depuis des temps très anciens, non seulement en vue d’affaires isolées, mais encore pour une activité permanente.

Toutefois, c’est en Occident que le capitalisme a trouvé sa plus grande extension et connu des types, des formes, des tendances qui n’ont jamais vu le jour ailleurs. 

Bref, la logique et les pratiques économiques capitalistes ne sont pas récentes. Par contre, ces logiques et un ensemble de nouvelles pratiques productives se sont déployées de manière inégalées, jusqu’à recouvrir l’ensemble des aspects de la vie sociale, à partir du XVIIIe et de manière intensifiée au XIXe siècle, à partir d’un endroit précis, l’Europe occidentale, puis l’Amérique du Nord anglo-saxonne.

Pour aller plus loin

Mais quelle est cette logique propre au capitalisme ? Et quelles sont ces nouvelles pratiques qui ont permis le développement rapide et l’application généralisée de cette logique à travers le monde ?

Éléments caractéristiques de l'économie capitaliste

  • Propriété privée du capital
  • Allocation des ressources par les mécanismes de marché
  • Division sociale du travail et séparation des modes de rémunération 
  • Légitimité et rôle central de la recherche du profit

propriété privée du capital

Le droit à la propriété privée permet à une personne de posséder et de disposer d’une chose. 

Différents modèles de propriété privée ont existé à travers l’histoire, et toutes les sociétés n’ont pas reconnu ce droit, certaines ayant privilégié d’autres modes de distribution et de partage des biens entre individus.

Selon Karl Marx, il faut différencier deux types de propriété privée :

  • La propriété d’un bien de consommation courante ;
  • La propriété d’un moyen de production.
L’une des particularités du capitalisme est qu’il repose principalement sur le second type de propriété privée.

propriété privé du capital

« L’économie politique cherche, en principe, à entretenir une confusion des plus commodes entre deux genres de propriété privée bien distincts, la propriété privée fondée sur le travail personnel, et la propriété privée fondée sur le travail d’autrui, oubliant, à dessein, que celle-ci non seulement forme l’antithèse de celle-là, mais qu’elle ne croît que sur sa tombe. » 

Allocation des ressources par les mécanismes du marché

(économie de marché)

L’économie capitaliste est une économie de marché où les biens, les services et les capitaux sont échangés librement dans un marché public.

La valeur monétaire de ces transactions (prix) est variable et est définie par différents facteurs (offre et demande, temps et distance, “confiance” des investisseurs ou des consommateurs, etc.).

L’économie de marché s’oppose en théorie à l’économie planifiée, dans laquelle toutes les décisions économiques relèvent de la décision d’un acteur principal, généralement l’État. Cependant dans la plupart des sociétés, l’activité économique et le marché sont restreints par des règles qui encadrent les transactions, la production, etc. Ces règles sont prévues par l’État ou par des organes de régulation des marchés et varient selon les législations et les époques.

Certains secteurs de l’économie demeurent relativement soustraits à la logique de la libre concurrence entre les acteurs du marché et relèvent plutôt de l’intervention directe de l’État (ex. éducation, santé).

Économie de marché

« Pour [Pierre Samuel Dupont de Nemours, de l’école des physiocrates] “les fabriques et le commerce ne (peuvent) fleurir que par la liberté et par la concurrence, qui dégoûtent des entreprises inconsidérées, et mènent aux spéculations raisonnables ; qui préviennent les monopoles, qui restreignent à l’avantage du commerce les gains particuliers des commerçants, qui aiguisent l’industrie, qui simplifient les machines, qui diminuent les frais onéreux de transport et de magasinage, qui font baisser le taux de l’intérêt ; et d’où il arrive que les productions de la terre sont à la première main achetées le plus cher qu’il soit possible au profit des cultivateurs, et revendues en détail le meilleur marché qu’il soit possible au profit des consommateurs, pour leurs besoins et leurs jouissances” (Dupont de Nemours, 1808-1811). »

Division sociale du travail et séparation des modes de rémunération

La division du travail constitue l’un des éléments fondamentaux de l’organisation des communautés humaines et même animales. Pourtant, la manière dont le travail est divisé entre les individus d’une société n’a rien de naturel et peut varier profondément selon les sociétés et les époques.

Pour les penseurs classiques de l’économie politique, la division du travail augmente considérablement la productivité et ainsi la création de richesse. 

L’une des particularités de l’économie capitaliste est de superposer à la division sociale du travail une séparation des modes de rémunération. Le travailleur, généralement attitré aux tâches simples et difficiles, reçoit un salaire en échange de son temps et de sa force de travail ; le capitaliste (propriétaire des moyens de production) est, quant à lui, rémunéré par le surplus de production rendu possible par le surplus de productivité du capital investi, la sur-value, qui lui permet de générer un profit.

division sociale du travail

« Prenons un exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division du travail s’est fait souvent remarquer : une manufacture d’épingles. 

Un homme qui ne serait pas façonné à ce genre d’ouvrage, dont la division du travail a fait un métier particulier, ni accoutumé à se servir des instruments qui y sont en usage, dont l’invention est probablement due encore à la division du travail, cet ouvrier, quelque adroit qu’il fût, pourrait peut-être à peine faire une épingle dans toute sa journée, et certainement il n’en ferait pas une vingtaine. Mais de la manière dont cette industrie est maintenant conduite, non seulement l’ouvrage entier forme un métier particulier, niais même cet ouvrage est divisé en un grand nombre de branches, dont la plupart constituent autant de métiers particuliers. […] 

Dans tout autre art et manufacture, les effets de la division du travail sont les mêmes que ceux que nous venons d’observer dans la fabrique d’une épingle, quoiqu’en un grand nombre le travail ne puisse pas être aussi subdivisé ni réduit à des opérations d’une aussi grande simplicité. Toutefois, dans chaque art, la division du travail, aussi loin qu’elle peut y être portée, donne lieu à un accroissement proportionnel dans la puissance productive du travail. C’est cet avantage qui parait avoir donné naissance à la séparation des divers emplois et métiers. »

rémunération

« S’il fallait choisir entre le communisme avec toutes ses chances, et l’état actuel de la société avec toutes ses souffrances et ses injustices; si l’institution de la propriété particulière entrainait nécessairement avec elle cette conséquence, que le produit du travail fût réparti, ainsi que nous le voyons aujourd’hui, presque touours en raison inverse du travail accompli, la meilleure part échéant à ceux qui n’ont jamais travaillé, puis à ceux dont le travail est presque purement nominal, et ainsi de suite, d’après une échelle descendante, la rémunération diminuant à mesure que le travail devient plus pénible et plus rebutant, jusqu’au point où le travail physique le plus fatiguant et le plus fait pour épuiser les forces corporelles ne peut compter avec assurance qu’il se procurera même les choses nécessaires à la vie; s’il n’y avait d’alternative qu’entre cet état de choses et le communisme, toutes les difficultés du communisme, grandes ou petites, ne seraient qu’un grain de poussière dans la balance. Mais, pour rendre la comparaison applicable, nous devons comparer le communisme, en ce qu’il a de meilleur, avec le régime de la propriété individuelle, non tel qu’il est, mais tel qu’il pourrait être. »

Légitimité et rôle central de la recherche du profit

L’acceptation morale du profit est l’une condition première de l’essor du capitalisme en occident. Le profit et l’accumulation de richesse, n’ont pas toujours été considérées comme des choses normales et légitimes, étant notamment très mal vues par la foi catholique. Selon Max Weber, il faudra un changement « d’esprit », soutenu notamment par le l’essor de la foi protestante, afin de modifier cette perception négative et favoriser le déploiement de la logique capitaliste.

En se déployant, le capitalisme a même fait du profit son principal moteur – aux dépens de la recherche du bonheur, du confort, de la raison, de l’innovation – sacrifiant même à ce dessein les droits et de la sécurité des travailleurs, la protection de l’environnement, le respect de la biodiversité, et nombre de considérations morales ou civiques. Au fil du temps, les arts, la culture et les médias ont également fortement contribué à diffuser et à magnifier l’esprit et les valeurs dominantes du capitalisme (richesse et liberté individuelle, croissance, compétition, etc.), contribuant de la sorte à établir l’hégémonie du système capitaliste.

légitimité du profit

« L’esprit du capitalisme, dans le sens que nous lui avons donné jusqu’ici, a dû, pour s’imposer, lutter contre un monde de forces hostiles. […] Il aurait été tout bonnement proscrit dans l’Antiquité aussi bien qu’au Moyen Age en tant qu’attitude sans dignité et manifestation d’une avarice sordide. Il en va de même, de nos jours encore, pour tous les groupes sociaux qui se trouvent moins directement sous la coupe du capitalisme moderne, ou qui lui sont le moins adaptés. Non pas peut-être – comme on l’a déjà souvent dit – parce qu’aux époques précapitalistes la soif de profit aurait été encore inconnue ou moins vive. Ni parce que l’auri sacra fames, l’avidité pour l’or, aurait été moindre jadis – ou le serait maintenant – hors des milieux du capitalisme bourgeois qu’à l’intérieur de sa sphère particulière, ainsi que sont disposés à le croire de modernes romantiques pleins d’illusions. Non, ce n’est pas là que réside la différence entre l’esprit capitaliste et l’esprit précapitaliste. […] En tant que style de vie détermine, surgissant drapé dans une “éthique” l’“esprit du capitalisme” eut à lutter tout d’abord contre cette façon de sentir, de se comporter et de réagir aux situations nouvelles que l’on appelle la tradition. »

Visionnement complémentaire fortement conseillé

Pour qu’elles puissent se déployer pleinement, les caractéristiques fondamentales du capitalisme ont pu compter sur une série de conditions favorables. Ces conditions favorables sont nombreuses et complexes, on ne saurait en faire le tour, mais nous pouvons mettre en lumière certains facteurs clés qui ont contribué à faire du capitalisme un système hégémonique à l’aube du XXe siècle.

rationnalisme

Le développement des sciences économiques s’inscrit dans le mouvement large du développement de la science, de manière générale. Celui-ci s’engendre au XVIe siècle et, avec le mouvement des Lumières, conduira à l’établissement des grandes disciplines scientifiques qui organisent encore, en grande partie, notre manière de catégoriser l’univers (et les départements des universités).

Le développement des sciences s’accompagne d’un intérêt accru pour la méthode, la mesure et l’expérimentation, mettant de l’avant la rationalité, les démarches logiques et les approches empiriques, face aux croyances et au mystère.

La primauté accordée ainsi au rationalisme (qui place en l’humain la source de toute connaissance possible), et l’intérêt pour les sciences nouvelles qui se diffusent plus largement (notamment grâce aux progrès de l’imprimerie), ont contribué à diffuser les idées du libéralisme et les pratiques qui y sont liées, notamment une nouvelle division sociale du temps et du travail.

progrès technique et accélération des communications

Parallèlement au développement de la science et à la diffusion de nouvelles idées, l’accélération du développement technique contribue également, de manière importante, à l’établissement des pratiques capitalistes. 

Dans le domaine de la production on retiendra l’invention de machines qui dépendent de moins en moins des travailleurs ou des animaux, et exploitent de plus en plus des ressources extractives (charbon, pétrole, etc.). Ces machines permettent d’augmenter la production (extraction des ressources, fabrication des biens) et d’accélérer le transport des matières premières et des biens de consommation. 

Les nouveaux réseaux de transport terrestres et maritimes sont autant de réseaux de communication. Au XIXe siècle, les réseaux de télécommunication (courrier, télégramme, puis la radio) accélèrent la distribution et la diffusion des informations – dont les informations économiques, financières ou industrielles. Ces réseaux contribuent à favoriser l’essor des secteurs de la presse et de la publicité, qui en retour, favoriseront l’essor de l’économie capitaliste. 

réOrganisation du pouvoir et nouvelles institutions

Ces changements scientifiques et techniques prennent place au moment où les sociétés occidentales sont appelées, en partie sous l’influence des nouvelles idées qui circulent, à repenser les modalités de l’organisation du pouvoir. Les monarchies sont contestées, certaines têtes tombent, et des constitutions sont rédigées pour de nouveaux États démocrates et nationaux. 

Le pouvoir était auparavant distribué de manière héréditaire ou méritoire aux aristocrates, dont les revenus découlaient principalement de l’exploitation terrienne et de la perception d’impôts ; progressivement (ou brutalement), il sera approprié par la bourgeoisie, laquelle s’enrichit de la production et les transactions capitalistes.

De leur côté, les paysans, de moins en moins nombreux, deviennent des travailleurs prolétaires, et sont rejoints des artisans et des petits bourgeois qui ne parviennent plus à soutenir la compétition des grands capitalistes. Pour subsister, il doivent vendre leur force de travail

Cette réorganisation du pouvoir s’accompagne de la mise en place d’un ensemble de nouvelles institutions sociales qui organisent et régulent la société – école, police, médias – contribuant à diffuser les idées et les valeurs de la bourgeoisie capitaliste, et à défendre leurs intérêts.

idéologie, colonialisme et exploitation des ressources

Les valeurs et les idées dominantes, hégémoniques, constituent ce qu’on peut appeler l’idéologie d’une société. Au courant du XIXe siècle, non sans contestation, les valeurs et les idées du capitalisme se sont imposées et diffusées à travers le monde, par les nombreux occidentaux qui colonisent le monde. L’impérialisme européen constitue, pour les capitalistes, une manière de s’approprier les ressources des riches colonies, qu’ils transforment et redistribuent ensuite, dans la limite du possible, dans l’ensemble des comptoirs commerciaux qui constituent la colonne vertébrale de ces empires coloniaux. Parmi ces ressources, il faut compter grand nombre ressources naturelles – thé, café, sucre, minéraux – ainsi que les ressources humaines, les populations autochtones, qui constituent une main d’œuvre très bon marché, voire une abondante source d’esclaves.

Comme système économique, le capitalisme s’est donc développé à partir des idées et des concepts des penseurs des nouvelles sciences économiques, et de certains philosophes sociologues, etc., qui se positionneront pour ou contre l’orientation et le développement de l’économie capitaliste. Comme régime politique, économique et social, le capitalisme s’est imposé progressivement, par les idées et le progrès technique, mais aussi par la force et la violence. Les origines véritables du capitalisme sont certes lointaines, mais ses transformations accélérées depuis le début du XIXe siècle ont contribué à en faire le système dominant, hégémonique, d’organisation de notre société. Or, cela ne s’est pas fait sans une importante résistance, organisée autour des modèles et des idées du communisme et du socialisme. Ainsi, le XXe siècle sera marqué par un affrontement idéologique majeur et de nombreuses crises d’envergures encore jamais imaginées. De tout cela, le capitalisme sortira vainqueur et trouvera le moyen d’accélérer son développement.

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