Université du Québec à Montréal | École des médias

Salvador Dali

Économie politique du XXe siècle

L’histoire du XXe siècle peut être sommairement comprise comme l’histoire de l’affrontement entre les idées développées par les économistes des siècles qui précèdent : entre le libéralisme et le socialisme, le capitalisme et le communisme… ou plutôt entre les différentes formes qu’adopteront ces -ismes.

Cette partie du cours vise à dresser un portrait (très) sommaire des principaux événements politiques et économiques qui nous conduisent jusqu’à aujourd’hui… 

1900-1918

verre pomme livres (pablo Picasso, 1911)

Le début du XXe siècle est souvent qualifié, en occident, de «belle époque» ; cela dépend pour qui. En 1900, les grandes nations occidentales, dont la Grande-Bretagne et la France principalement, contrôlent politiquement et économiquement la très grande majorité du monde. La haute bourgeoisie se partage pratiquement toute la richesse mondiale (ex. : aux États-Unis, en 1922, les 10 % les plus riches concentrent à eux-seuls près de 85 % de toute la richesse du pays). Les classes populaires des pays occidentaux, comme les populations des colonies, souffrent de très grande pauvreté. Quant aux États indépendants d’Asie ou d’Amérique latine, ils sont généralement soumis à l’influence de nations impérialistes et des intérêts des grandes entreprises capitalistes qui exploitent les ressources naturelles de ces régions.

Hommes à chapeau
(Paris, fin du Xixe)

1914-1918

En 1914, une première grande crise éclate sous la forme de la Première Guerre mondiale qui oppose entre eux les États impérialistes, capitalistes et fortement militarisés d’Europe. La victoire des Alliés, principalement les grands empires coloniaux (Empire colonial français, Empire britannique, Empire du Japon), face aux Empires centraux (Empire austro-hongrois, Empire allemand, Empire ottoman), coûtera la vie à près de vingt millions de personnes et endettera lourdement les nations belligérantes, ruinant les États perdants. 

1917

En février 1917, la monarchie tsariste est renversée dans une Russie fortement affaiblie par la guerre et une importante famine. Chez les révolutionnaires, notamment les bolcheviks Lénine et Trotski, et dans les nombreux soviets, des comités de travailleurs organisés, les idées du marxisme s’imposent. En octobre, le parti bolchevik prend le pouvoir et Lénine annonce la «construction de l’ordre socialiste» : il abolit la propriété privée, confiant aux soviets la responsabilité d’assurer le partage. 

«soit la mort du capital, soit la mort sous le talon du capital»

1917

Les États-Unis entrent tardivement en guerre en avril 1917, après avoir fortement bénéficié du commerce avec les pays en guerre, notamment grâce à la production d’acier. Les États-Unis sortiront cependant de la guerre avec des centaines de milliers morts, soit sur les champs de bataille, ou causées par la grippe espagnole que ramènent avec eux les soldats. L’économie capitaliste de guerre fait cependant des vainqueurs en Amérique : les grandes institutions financières américaines qui consentent d’importants prêts aux nations alliées pour financer les dépenses de la guerre, ainsi que les grandes entreprises qui bénéficient fortement des investissement de l’État américain pour soutenir les efforts de guerre.

Publicité pour les Bonds de la liberté permettant de financer la guerre

1918-1928

Les années 1920 semblent contraster avec les horreurs de la guerre, des épidémies et des famines qui lui succédèrent : en France, les mœurs se libèrent quelque peu durant ces «Années folles» qui voient se multiplier les cabarets et les salles de concert; en Allemagne, la pensée s’enrichit du développement des sciences humaines durant ces «Goldene Zwanziger»; aux États-Unis, les «Roaring Twenties» pavent la voie à la consommation de masse, encouragée par le développement des industries culturelles, surtout du cinéma, et de la publicité.

Pour stimuler la demande et écouler les nouveaux produits de consommation qui sortent des usines modernisées, plus productives, les grands capitalistes augmentent progressivement les salaires des ouvriers. Ce revenu supplémentaire permet aux ouvriers de se procurer de nouveaux biens de consommation jusqu’alors réservés aux classes les plus fortunées, notamment des automobiles. Parallèlement, le mouvement ouvrier s’organise et parvient à obtenir une réduction du temps de travail. Ce temps libéré permet aux classes populaires de pratiquer de nouveaux loisirs, notamment aller au cinéma.

Les acquis des ouvriers se gagnent durement : les années qui suivent la Grande Guerre sont marquées par de nombreuses manifestations et soulèvements populaires (souvent réprimés violemment) pour réclamer de meilleures protections, comme le droit à la syndicalisation, et défendre certains droits démocratiques (ex. : liberté d’expression, suffrage universel). Ces mouvements sont parfois inspirés des idées marxistes et suivent l’exemple des nombreux mouvements ouvriers qui s’organisent un peu partout dans les pays occidentaux. Les gouvernements capitalistes voient généralement d’un mauvais œil ces mouvements qu’ils combattent en les opposant aux valeurs du capitalisme, les associant au socialisme et au communisme, et plus spécifiquement aux bolcheviks et soviets de la jeune URSS. S’instille alors une première phase de la «peur rouge».

1918

Car en Russie, pour contrer une guerre civile et faire face aux attaques militaires des grands États nations capitalistes, le «communisme de guerre» est établi en 1918. En décembre 1922, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), qui fédère la Russie et ses états limitrophes à l’Ouest, est fondée. 

“Sous la bannière de Lénine – En avant la révolution d'octobre”

Les années qui suivent sont toutefois marquées par une importante crise humanitaire et économique, caractérisée par une série de disettes et de famines, qui conduisent Lénine à établir une «Nouvelle politique économique» (NEP), laquelle rétablit certaines formes de propriété privée. Cette ouverture au libéralisme rencontre une certaine opposition au sein du parti communiste (ancien parti bolchevik) au pouvoir. Parallèlement, la santé de Lénine diminue rapidement et il décède en 1924. S’amorce alors une course à sa succession qui culminera en… 

1929

Successeur de Lénine, Joseph Staline s’impose comme chef incontesté du Parti communiste en 1929, établissant progressivement un régime totalitaire comptant sur l’imposante bureaucratie pour asseoir son pouvoir dans toute l’URSS. Il abolit la NEP et instaure un processus de collectivisation des terres tout en amorçant une importante phase d’industrialisation.

mardi 29 octobre 1929
devant la bourse de new york

1929

Pendant ce temps, aux États-Unis, le krach boursier de 1929 met fin à la bulle spéculative et à l’essor économique fulgurant des années 1920, plongeant les États-Unis dans la première grande crise économique capitaliste : la Grande Dépression.

La Grande Dépression découle entre autres des effets combinés d’une trop grande concentration de la richesse, favorisant la surproduction et la chute de la consommation, d’une crise spéculative, encouragée par les très faibles taux d’intérêt et une absence de régulation des marchés boursiers.

Cette crise économique entraîne dans son sillage un chômage massif qui s’étendra des États-Unis jusqu’en Europe, où les conséquences économiques de la Grande Guerre affectent encore certaines économies, notamment celle de l’Allemagne qui doit rembourser une imposante indemnisation aux pays vainqueurs, lesquels se sont lourdement endettés auprès des États-Unis durant la guerre. Elle affecte aussi lourdement les autres États des Amériques dont l’économie repose sur les relations économiques avec le Nord. 

1933

En 1933, Franklin D. Roosevelt se fait élire à la présidence des États-Unis en proposant un New Deal aux états-uniens : pour sortir de la crise, il propose une nouvelle politique monétaire plus interventionniste et le financement public d’un vaste programme d’infrastructures. 

14 août 1935, Roosevelt signe le Social Security Act

21 mars 1933, Adolf Hitler s'incline devant le président du Reich Paul Von Hindenburg

1933

De l’autre côté de l’Atlantique, les États adoptent également des politiques protectionnistes et interventionnistes; cette situation est poussée à ses extrêmes dans les pays vivant sous des dictatures (Italie, Espagne, URSS). 

En Allemagne, les conséquences de la crise de 1929, la montée des politiques protectionnistes et à la pression de la dette alimentent l’insatisfaction et contribuent à l’accession d’Adolf Hitler au poste de chancelier.

1939-1945

Il faudra attendre une troisième grande crise, la Seconde Guerre mondiale, pour que l’économie américaine se rétablisse, dopée par l’effort de guerre, alors que les États européens plongent dans le conflit le plus chèrement payé de l’histoire. La Seconde Guerre mondiale entraînera dans la mort de plus de 55 millions de personnes, d’abord, et provoquera une destruction majeure des infrastructures, ensuite. Afin de financer dépenses de guerre et assumer les coûts de la reconstruction, les pays auront massivement recours à l’emprunt. Les États-Unis deviennent les principaux créanciers des pays européens occidentaux, alors que les pays du Caucase et de l’Est européen intègrent progressivement le giron de la fédération soviétique, de force ou par nécessité.

Économie d'après guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est en ruines et les populations, décimées, sont fortement affaiblies. L’esprit est toutefois à la reconstruction et, malgré une vive tension politique entre les régimes capitalistes et les régimes communistes, on cherche à éviter un nouveau conflit international. 

À l’Ouest, deux personnalités caractérisent la manière dont s’organise la réponse économique à la Seconde Guerre mondiale :

Henry Ford

Le système de production développé par Henry Ford, le Fordisme servira de modèle industriel aux États-Unis, puis ailleurs.

En résumé le Fordisme repose sur :

  • Une plus forte division du travail dans des installations faites pour la production en série de biens standardisés;
  • Un meilleur contrôle du temps de production des ouvriers par une nouvelle classe de managers;
  • L’augmentation du salaire des employés afin d’augmenter leur consommation et assurer la stabilité du personnel.

L’application de ce modèle entraîne une hausse de la production, de la productivité et de la consommation, tout en contribuant à réduire les coûts de production.

Pour les travailleurs, et les travailleuses de plus en plus nombreuses, cela implique une charge de travail plus monotone, voire machinale, de plus en plus contrôlée et standardisée.

John Meynard Keynes

Haut fonctionnaire britannique, John Meynard Keynes élabore une nouvelle théorie qui inspirera fortement les mesures de relance économiques adoptées par les États capitalistes, d’abord durant l’entre-deux guerres, et de manière plus importante après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’au début des années 1970.

En résumé, Keynes réfute certaines des «lois» économiques des auteurs classiques en proposant que le marché du travail n’est pas simplement déterminé par l’idéal d’équilibre de l’offre et la demande, mais est fortement lié à la demande effective (ou demande anticipée). Il réfute ainsi la loi de Say, voulant que l’argent gagné par un capitaliste est nécessairement réintroduit dans le cycle économique, en remarquant que le marché repose sur l’incertitude et que l’argent tend à être accumulé, soit par précaution ou en vue de spéculation ultérieure. Cet état des choses provoque un chômage involontaire, ce qui affecte la consommation, la productivité et les investissements.

Pour soutenir l’emploi, le marché ne doit donc pas se réguler seul et l’État a une responsabilité d’intervenir soit en augmentant les impôts, en injectant des liquidités (imprimer plus d’argent), ou en s’endettant afin de maintenir les emplois.

Combinées, la hausse de productivité et les stratégies d’inspiration kéneysiennes contribueront à insuffler une période de formidable croissance (économique et démographique), d’avancées technologiques majeures, et de changements sociaux significatifs. Cette période, qui s’étend approximativement de 1950 à 1980, mais dont l’influence se répercute encore considérablement sur nos sociétés et notre planète, a été qualifiée «d’âge d’or du capitalisme». En français, on appelle aussi cette période les… 

30 glorieuses

À peu de choses près, l’ensemble des «pays développés» à économie de marché connaissent une très importante croissance économique entre la la fin des années 1940 et la fin des années 1970 : on reconstruit ce qui avait été détruit, on construit des autoroutes, des supermarchés, des banlieues. On développe la télévision, on patente les premiers ordinateurs, on envoie les premiers satellites de télécommunication en orbite. On crée des programmes sociaux, on développe de grands projets collectifs, on libère les mœurs et on réalise quelques avancées civiques. On organise la société autour de la consommation, on crée une classe moyenne, on rêve des USA. On réprime les contestations, on exploite le «tiers-monde», on invisibilise l’immense majorité de l’expérience humaine au profit de quelques modèles d’individus, presque toujours blancs. On arrose d’engrais chimiques toxiques des millions d’hectares de champs et de forêts, on déverse des tonnes de déchets dans tous les cours d’eau accessibles, on brûle du pétrole, beaucoup de pétrole… et ce n’est qu’un début.

À la fin de la guerre, deux accords interviendront entre les principales nations occidentales et contribueront à structurer la relance économique mondiale. Fortement influencés par les états-uniens, ces accords contribueront également à structurer fortement le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. 

accords de bretton woods

La conférence de Bretton Woods, tenue au New Hampshire en juillet 1944, réunira 44 nations alliées (et un observateur soviétique) afin d’organiser la relance économique.

Parmi l’ensemble des personnes présentes, ce sont John Maynard Keynes, représentant de la délégation britannique, et Harry Dexter White, représentant du Trésor des États-Unis, qui se démarquent le plus.

Les Accords de Bretton Woods permettent d’établir un système monétaire international qui établit la valeur de chaque monnaie sur la valeur d’une monnaie de référence, le dollar américain.

De la conférence naîtront deux institutions, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (aujourd’hui la Banque Mondiale) et le Fonds monétaire international (FMI).

plan marshall

Surnommé plan Marshall du nom du secrétaire d’État américain qui en est l’un des principaux artisans, le Programme de rétablissement européen encadre les différents prêts accordés par les États-Unis aux différents États de l’Europe afin de contribuer à la reconstruction des villes et des infrastructures détruites par la guerre.

Des milliards de dollars, garantis par le gouvernement des États-Unis, sont ainsi prêtés par les banques américaines à 16 pays européens qui, pour l’essentiel, doivent les employer pour acquérir des biens et des services provenant des États-Unis.

Le plan Marshall participe également de la doctrine d’«endiguement» du communisme prônée par le président Harry S. Truman.

Rôle social de l'État

Ces ententes et les stratégies adoptées par les gouvernements occidentaux contribuent à modifier la perception du rôle de l’État. On parle d’État providence, d’État social, de Welfare State, et le libéralisme cède un peu de terrain à un certain compromis entre libre marché et intervention sociale : la social-démocratie.

Ces idées ne sont pas nouvelles, mais leur adoption s’accélère à partir des années 1950. Chaque pays applique différemment de nouvelles mesures sociales, par exemple, en développant des programmes d’assurance sociale, d’assurance maladie, de logement social, etc.

Dans certains États, comme au Québec, l’État procède à la nationalisation de certains secteurs clés, comme la production d’électricité.

Inauguration du siège social d’Hydro-Québec par le premier ministre Jean Lesage, le ministre des Richesses naturelles René Lévesque et le président d’Hydro-Québec Jean-Claude Lessard (1962, photo hydro-québec)

La complainte du progrès (Boris Vian, 1956)

American way of life

Les conditions du Plan Marshall et la primauté du dollar américain établie par les Accords de Bretton Woods placent les États-Unis au sommet de la géopolitique occidentale. 

L’industrialisation massive de l’ensemble des secteurs économiques, les développements technologiques rapides, ainsi que les transformations des secteurs de la production et de la distribution contribuent à modifier considérablement les habitudes de consommation des ménages. Après la rudesse et les privations de la guerre, le confort prime. C’est la société de consommation.

Les objets de consommation se multiplient, les grandes surfaces remplacent les petits commerces de proximité et le secteur des services se développe, dont celui de la publicité qui profite de l’essor des médias, de la télévision en particulier, pour encourager un nouveau style de vie, fortement inspiré d’une image idéalisée de l’Amérique.

« La société de consommation a besoin de ses objets pour être et plus précisément elle a besoin de les détruire. L’«usage» des objets ne mène qu’à leur déperdition lente. La valeur créée est beaucoup plus intense dans leur déperdition violente. C’est pourquoi la destruction reste l’alternative fondamentale à la production : la consommation n’est qu’un intermédiaire entre les deux. »

Jean Baudrillard, La Société de consommation (1970)

Classe moyenne

La grande productivité et la rapidité grandissante des moyens de communication encouragent les grandes entreprises à étendre leurs activités vers de nouveaux marchés et à chercher à rejoindre de nouveaux de consommateurs. Elles cherchent également à mieux les rejoindre, et à les rejoindre plus souvent : multiplication des espaces publicitaires dans les médias et surtout à la télévision, commandite d’événements, d’équipes sportives, etc.

La société est segmentée par les publicitaires qui ciblent de mieux en mieux les consommateurs : la ménagère, les enfants, les col-bleus ou les col-blancs, etc. les publicitaires, aidés par les recherches en psychologie comportementale raffinent leurs stratégies pour attiser le désir et susciter la consommation.

C’est la naissance de la classe moyenne, idéal du consommateur modèle, porté par le discours de la télévision, des magazines, etc., qui bénéficie de l’essor économique pour accéder à la propriété et manifeste son statut social par son niveau de consommation. 

Pourtant, la réalité est loin d’être aussi lisse et homogène que ne laissent rêver les idéaux démocratiques et libertaires de ce modèle… 

les comédiens de l'émission de télévision "PAPA A RAISON"

mouvements civiques

Tout le monde ne profite pas de l’enrichissement et de la liberté apportés par ce modèle de société. De larges pans de la population sont exclus de ce nouveau «rêve américain». Plusieurs aussi s’y opposent et en soulignent les défauts. À partir des années 1960, dans plusieurs régions du monde, différents mouvements contestataires, voire révolutionnaires, voient le jour.

On peut penser notamment au Mouvement afro-américain des droits civiques ou les mouvements hippie ou beatnik. En Europe (et ailleurs), la contestation portée par les mouvements étudiants culmine en mai 1968 avec des grèves massives. Au Québec, c’est la Révolution tranquille et la montée du mouvement indépendantiste. Le féminisme prend également de l’ampleur durant ces années.

À chaque fois, ces mouvements de «contre-culture» s’attaquent à des éléments du modèle dominant (racisme, militarisme, capitalisme, impérialisme, colonialisme) et se nourrissent de la vitalité de la pensée des intellectuels de gauche.

« It is impossible for capitalism to survive, primarily because the system of capitalism needs some blood to suck. Capitalism used to be like an eagle, but now it’s more like a vulture. It used to be strong enough to go and suck anybody’s blood whether they were strong or not. But now it has become more cowardly, like the vulture, and it can only suck the blood of the helpless. As the nations of the world free themselves, then capitalism has less victims, less to suck, and it becomes weaker and weaker. It’s only a matter of time in my opinion before it will collapse completely. »

guerre froide

«Si vis pacem, para bellum» : si tu veux la paix, prépare la guerre, dit le proverbe latin. C’est, à peu de choses près, ce à quoi s’affaireront les deux grandes puissances rivales de la seconde moitié du siècle et leurs alliés, les États-Unis et l’URSS, durant cette période qui sera qualifiée de guerre froide. D’un côté, les capitalistes, de l’autre, les communistes. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à 1989, les deux camps s’opposent dans tous les domaines : science et recherche technologique, conquête de l’espace, sports, course aux armements nucléaires, etc. Les deux puissances engloutissent des sommes monumentales dans ce conflit en grande partie idéologique. Mais, contrairement à ce que laisse croire l’adjectif «froide», cette guerre n’est pas exempte de combats réels. De nombreux conflits armés menés ou appuyés par les «Russes» et les «Américains» éclatent dans différentes régions du monde que se disputent les deux camps (Corée, Vietnam, Afghanistan, Cambodge). L’affrontement se déroule aussi sur le terrain de l’économie et de la politique, entraînant plusieurs embargos et crises diplomatiques, notamment la crise des missiles entre les États-Unis et Cuba qui constitue l’un des épisodes les plus tendus de la guerre froide, et qui marque encore les relations entre les deux pays.
Premier test de la bombe H, nom de code « Ivy Mike », sur l’atoll corallien d’Einwetok au centre de l’océan Pacifique.
1er novembre 1952.

red scare

Aux États-Unis, on alimente la «Peur rouge» (Red Scare), la peur du communisme. Le sénateur Joseph McCarthy est particulièrement tenace dans sa lutte contre la menace communiste sur le sol américain. Il mène une commission chargée de traquer d’éventuels agents, militants ou sympathisants communistes aux États-Unis. On donnera son nom à cette facette de l’époque, le maccartisme, qui conduira à l’arrestation ou à l’exil plusieurs personnes, et à la persécution de combien d’autres, suspectés de subversion ou trahison. Parmi ceux-ci, plusieurs artistes, cinéastes, musiciens ou comédiens, dont Charlie Chaplin, Orson Welles, des universitaires, des auteurs, etc. En plus du communisme, le maccartisme cible également d’autres comportements «anti-américains», comme l’homosexualité. La période la plus active de cette chasse aux communistes se terminera vers la fin des années 1950, mais l’anti-communisme fait toujours partie des «valeurs» associées à la société américaine.

Expansion communiste

Staline, qui aura régné près d’un quart de siècle sur le bloc communiste, meurt en 1953. À sa mort, l’Union soviétique compte 15 républiques dans sa fédération. Plusieurs autres pays satellites, dont des États d’Europe centrale et de l’Est comme la Hongrie, l’Allemagne de l’Est, la Tchécoslovaquie, adoptent (ou se font imposer) des régimes socialistes. Ces pays, autrefois au cœur de l’Europe, basculent derrière le rideau de fer.

Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame la création de la République populaire de Chine, adaptant le modèle soviétique à la réalité chinoise. Le pays vit une crise humanitaire, subissant encore, cent ans plus tard, les contrecoups des guerres de l’opium. Autour, plusieurs autres régions asiatiques dont la Corée, le Laos, le Cambodge et le Viêt Nam intègrent aussi la liste des États communistes.

L’URSS est l’une des principales puissances économiques mondiales, en grande partie grâce à la production industrielle lourde (équipements, armement) et l’exploitation des ressources naturelles (pétrole, pêche, métaux). Cependant, cette productivité ne contribue pas à améliorer le niveau de vie des citoyens vivant derrière le rideau de fer : les biens de consommation sont rares et difficiles à se procurer. Certains alliés de l’URSS, comme la Tchécoslovaquie, amorcent de timides projets de libéralisation de leurs économies ; d’autres, comme la Yougoslavie, se dissocient carrément de l’URSS. Certaines tentatives échoueront et les soviétiques emploient souvent la force pour maintenir en place les gouvernements communistes.

en août 1968, les blindés russes entrent dans Prague pour étouffer le «printemps de Prague», période de démocratisation et de libéralisation de la République socialiste tchécoslovaque

« Ceux qui pensent que les régimes communistes d’Europe centrale sont exclusivement la création de criminels laissent dans l’ombre une vérité fondamentale : les régimes criminels n’ont pas été façonnés par des criminels, mais par des enthousiastes convaincus d’avoir découvert l’unique voie du paradis. Et ils défendaient vaillamment cette voie, exécutant pour cela beaucoup de monde. Plus tard, il devint clair comme le jour que le paradis n’existait pas et que les enthousiastes étaient des assassins. » 

Milan Kundera (L’insoutenable légèreté de l’être, 1984)

En Chine, une grande famine sévit entre 1959 et 1961, emportant entre 15 et 55 millions de personnes dans la mort. Les politiques économiques mises en place par le gouvernement de Mao sont pointées du doigt, en plus d’une série de sécheresses et d’inondations qui affecteront le pays.

Pour faire face à la situation, le Parti communiste de Mao Zedong met en place plusieurs actions répressives qui conduiront à la Révolution culturelle, qui a pour but de faire taire toute dissension en éradiquant les opposants potentiels aux décisions du parti et en effaçant tout document, œuvre ou ouvrage pouvant aller à l’encontre de l’idéologie du parti. L’épisode sanglant coûtera la vie à des millions de personnes. 

Après la mort de Mao, en 1976, la Chine adoptera de nouvelles réformes économiques sous l’impulsion du gouvernement de Deng Xiaoping. Malgré la libéralisation très partielle de l’économie chinoise, les tensions politiques et la répression violente se poursuivra tout au long des années 1980.

décolonisation

Les années d’après guerre mènent à l’autonomie la grande majorité des territoires et des peuples qui faisaient autrefois partie des grands empires coloniaux.

De 1950 à 1980, quelques 200 nouveaux États sont ainsi créés. Cette autonomie nouvelle, souvent acquise dans le sang, ne signifie cependant pas nécessairement la liberté pour les populations de ces nouveaux États. Généralement très pauvres, ces pays du tiers-monde gardent souvent des liens étroits avec leurs anciennes métropoles, dépendent de l’aide financière des nouvelles institutions internationales (Banque mondiale, FMI) et, surtout, sont soumis à l’appétit des grandes corporations capitalistes qui y exploitent les ressources naturelles et, avec l’aide des gouvernements occidentaux, influencent grandement les systèmes politiques de ces nouveaux États. 

penseurs modernes de l'économie capitaliste

L’histoire politique et économique de la seconde moitié du XXe siècle se polarise ainsi de plus en plus entre la «gauche» et la «droite». Pourtant, le spectre de la pensée politico-économique est éminemment plus vaste que n’illustre cette polarisation.

critiques de la «nouvelle gauche»

 

Si les États-Unis mènent une chasse aux sorcières contre le danger du communisme, nombreux sont les mouvements sociaux et politiques nourris aux idées du socialisme. Aux États-Unis même, par exemple, le Black Panther Party, lutte pour la libération des afro-américains par le socialisme révolutionnaire. Les idéaux maoïstes et certaines figures marquantes des mouvements socialistes internationaux, comme le révolutionnaire argentin Che Guevarra ou le poète et président sénégalais Léopold Sédar Senghor, inspirent la jeunesse et les intellectuels occidentaux.

L’essor de la pensée de gauche occidentale est caractérisé par ce que les universitaires anglo-saxons qualifieront de New Left, la Nouvelle gauche. Dans les années 1960 et 1970, des auteurs et des autrices reprennent les théories et le vocabulaire marxistes afin de les décliner dans plusieurs sphères d’activités intellectuelle.

D’abord encouragé par les théoriciens allemands de l’École de Francfort (Theodor Adorno, Max Horkheimer, Herbert Marcuse, Walter Benjamin) dont les idées, développées à partir des années 1920, se diffuseront aux États-Unis durant la guerre, ce mouvement s’enrichira en Grande Bretagne des travaux de l’École de Birmingham, les cultural studies (Raymond Williams, Richard Hoggart, Edward Thompson, Angela McRobbie).

En France, ce mouvement néo-marxiste est porté par des philosophes (Louis Althusser, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, GIlles Deleuze), des anthropologues (Claude Lévi-Strauss), des sociologues (Jean Baudrillard, Michel Foucault, Pierre Bourdieu), des psychanalystes (Jacques Lacan, Julia Kristeva), des linguistes (Luce Irigaray, Jacques Derrida), des économistes (Charles Betheleim, Cornelius Castoriadis) etc., qui par leur travail contribuent, malgré leurs importantes différences d’approches et leurs oppositions souvent frontales, à fournir un vocabulaire et des outils conceptuels permettant de critiquer les configurations, ou les structures, d’organisation de la société capitaliste.

Aux États-Unis, les néo-marxistes et la French Theory inspirent plusieurs auteurs issus de divers domaines des sciences sociales (Noam Chomsky, Judith Buttler, Angela Davis) ou des milieux militants (Murray Bookchin, Malcolm X) qui contribuent à tracer les contours du capitalisme contemporain, à en dénoncer les failles et les conséquences sur l’organisation de la société et sur nos vies, en général. Ces personnes sont généralement associées aux luttes et aux mouvements féministes, pacifistes, écologistes, ou antiracistes et anticolonialistes.

néolibéralisme

Dès les années 1940, mais à plus forte raison à partir des années 1970, une doctrine économique de droite prend un essor considérable auprès des économistes : le néolibéralisme. 

Le terme sert d’abord à qualifier les économistes libéraux de l’école autrichienne (Friederich von Hayek) et de l’École de Chicago (Milton Friedman, Gary Becker). 

Ces critiques de l’interventionnisme étatique, de l’État-providence, prônent le plus grand libéralisme, la plus grande concurrence, et le moins d’intervention possible de la part de l’État. Différents courants néolibéraux existent, mais tous s’entendent généralement sur une série de principes consensuels. Ce «consensus de Washington», établi à la fin des années 1980, pose entre autres principes que :

  • les dépenses publiques doivent se limiter à des interventions majeures ou à assurer un filet social minimal;
  • les taux marginaux d’imposition doivent être tenus au plus bas; 
  • les taux d’intérêts doivent être fixés par le marché;
  • les capitaux doivent pouvoir circuler librement;
  • le commerce extérieur doit être le moins entravé possible;
  • les règles (protection de l’environnement, protection sociale, etc.) doivent être le moins contraignantes possibles; 
  • la propriété privée et intellectuelle doivent être protégés de manière accrue.

Rapidement, leurs idées gagneront en popularité dans certains milieux universitaires, dans les secteur de la finance, et auprès des politiciens, notamment en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

1980's

Wolf of Wall Street (Martin Scorsese, 2013)

chocs pétroliers

Peu importe le côté du rideau de fer et la doctrine économique dominante, la croissance de l’économie dépend considérablement de la production énergétique, et en particulier de la production pétrolière. 

En 1973 et en 1979, la montée rapide des prix du pétrole entraîne deux «chocs» économiques majeurs :

1973

Le premier choc survient en 1973, alors que les États-Unis, à court de pétrole, cherchent à s’approvisionner sur les marchés extérieurs, dont auprès des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), à laquelle participent plusieurs pays du moyen-orient. 

Réagissant à l’intervention américaine en faveur d’Israël suite à la guerre du Kippour, qui oppose l’état hébreux et une coalition arabe menée par l’Égypte et la Syrie, les membres de l’OPEP augmentent le prix du baril de pétrole et réduisent leur production. 

La pénurie contribue à l’augmentation des prix du pétrole, ce qui affecte les coût de production, diminue les profits, et fait chuter le pouvoir d’achat.

1979

Le second choc pétrolier survient en 1979, alors que la production avait repris un rythme de croissance soutenue. Le renversement du Shah d’Iran, en janvier 1979, et le début de la guerre opposant l’Iran et l’Irak, qui durera de septembre 1980 au mois d’août 1988,  entraînent une diminution et plusieurs interruptions de la production et de l’exportation de pétrole dans cette région, donc une augmentation du prix du baril.

Les prix sont stabilisés à la fin de l’année 1981, mais le prix demeure élevé jusqu’en 1985, alors que dopé par la surproduction de l’Arabie saoudite, un contre-choc provoque une chute drastique des prix. 

Évolution historique des prix du pétrole de 1861 à 2007 en dollars — Source : TomTheHand, Wikimedia Commons

Les années thatcher-reagan

Les principes du néolibéralisme sont souvent invoqués comme des solutions potentielles aux chocs pétroliers des années 1970. Parmi les plus ardents partisans des idées néolibérales, Margaret Thatcher, première ministre britannique (1979-90), et Ronald Reagan, président états-unien (1981-1989), appliqueront un grand nombre de mesures de privatisation, de déréglementation et de libéralisation des marchés. Ces politiques seront parfois imitées par leurs voisins, au Canada par Bryan Mulroney, en France sous la présidence de François Mitterrand. 

Malgré le désinvestissement massif de l’État dans un grand nombre de secteurs d’activités et les avantages offerts aux entreprises privées, les politiques néolibérales contribuent à creuser la dette des États-Unis et à gonfler le taux de chômage en Grande-Bretagne. 

Margaret Thatcher, surnommée la «dame de fer», est réputée pour son attitude ferme face aux revendications des syndicats ou des Irlandais du Nord, alors qu’elle s’opposera aux sanctions économiques imposées au régime d’apartheid d’Afrique du Sud afin d’éviter de nuire aux entreprises britanniques installées dans le pays. Sous Ronald Reagan, les agences fédérales et de grandes entreprises états-uniennes contribueront à établir et maintenir des dictatures au Guatemala, au Salvador, au Honduras, ou en Turquie, entre autres.

financiarisation du capitalisme

Les politiques de déréglementation et de libéralisation des marchés permettent à la sphère financière de prendre de l’expansion. À partir de la fin des années 1970, la propriété des entreprises se déplace : autrefois liée à des individus (entrepreneurs) et souvent administrée de manière familiale, la gestion de la propriété des entreprises est désormais de plus en plus confiée à des managers spécialistes. Ceux-ci représentent désormais les intérêts des actionnaires, dont l’objectif principal est la rentabilité.

Le rôle des banques, des marchés boursiers et des firmes d’assurances ou d’investissement croît considérablement durant cette période. Les premières sont au cœur d’un système de prêts et d’endettement généralisé, rendu essentiel pour assurer la croissance des entreprises et soutenir le rythme de la consommation. Les seconds, bénéficiant de l’accélération rapide des télécommunications, font transiger les titres entre les actionnaires et les entreprises et contribuent de cette manière à générer de la spéculation. Les dernières, concentrant les investissements de l’ensemble des petits ou des grands investisseurs, orientent par leurs décisions de placements l’évolution des marchés et de l’épargne.

Le capitalisme financier se caractérise par une diminution de l’importance relative de la rémunération (salaire) sur la valeur ajoutée : en bref, les salaires des travailleurs ne comptent plus autant dans la répartition prix d’un produit. Cela s’explique par les avancées technologiques et l’automatisation grandissante des chaînes de production, la faible croissance de la rémunération des travailleuses et des travailleurs, la croissance de la part relative accordée aux actifs immatériels (brevets, propriétés intellectuelles) et le renforcement de la concentration des entreprises. D’un autre côté, la part de la valeur ajoutée revenant aux actionnaires (sous forme de dividendes notamment) augmente considérablement à partir des années 1980 et les managers, hauts-dirigeants et autres membres des conseils d’administration reçoivent une part grandissante de leur rémunération sous forme d’actions.

Très tôt, les critiques remarquent que cet état des choses diminue la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, qui subordonnent tout à la recherche de profit, et contribue à une quête de croissance infinie, irréaliste et qui génère d’importantes inégalités sociales ainsi que la surexploitation abusive des ressources naturelles.

1989

Mur de Berlin, 1989
Photo : R. Thiémard

chute du mur de berlin

Symbole de la fracture entre l’Est et l’Ouest, entre les régimes communistes et les régimes capitalistes, le mur de Berlin est abattu le 9 novembre 1989.

De 1988 à 1991, les régimes communistes d’Europe basculent et mettent en place des élections libres, démocratiques, tout en ouvrant les frontières et éliminant de nombreuses barrières qui limitaient la circulation des personnes et des biens. 

En 1991, l’URSS tombe et le président russe Boris Eltsine décrète la dissolution et l’interdiction du Parti communiste de l’Union soviétique. Les quinze républiques de l’URSS déclarent tour à tour leur indépendance et progressivement, les anciens États communistes libéralisent leurs économies.

Place tian'anmen

Depuis 1979, la Chine se définit comme une «économie socialiste de marché» et ouvre plusieurs zones économiques spéciales qui permettent aux entreprises et investisseurs étrangers de faire des affaires sur le territoire chinois.

Cette libéralisation progressive insuffle un vent de modernisation sur le pays et amène une partie de la population à réclamer d’instaurer un système démocratique d’élection et le multipartisme. Ce mouvement, qui prendra de l’ampleur tout au long des années 1980, sera sévèrement réprimé en 1989, culminant dans une série de manifestations qui mèneront au massacre de la place Tian’anmen.   

nouvel ordre mondial

Le communisme n’est désormais plus une menace à l’expansion du capitalisme. Au début des années 1990, les États-Unis sont au sommet de leur puissance. La politique étrangère du pays se fonde désormais sur le respect du droit international, la promotion de la paix et de la démocratie. Et pour y parvenir, les États-Unis n’hésiteront pas à faire la guerre.

« Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le golfe Persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. »

Les tendances dominantes depuis les années 1980 et 1990 :

déréglementation / privatisation / libéralisation / concentration / globalisation / financiarisation

Dans ce nouvel ordre mondial, le capitalisme n’a plus de frontières. 

La croissance de l’économie dépend désormais, d’un côté, sur la capacité des entreprises à créer de nouveaux débouchés, et de l’autre, à réduire leurs coûts (de rémunération, de production, de distribution, d’administration, etc.).

 

capitalisme mondialisé

La mondialisation de l’économie répond à ces deux critères :

  • la libre circulation des biens et des capitaux entre les pays et 
  • la capacité des entreprises à développer et soutenir des activités dans des marchés étrangers permet de créer de nouveaux débouchés

La mondialisation permet également de délocaliser des activités dans des pays où les salaires sont plus bas et où les normes du travail sont moins contraignantes. Elle permet aussi d’acquérir ou d’exploiter des ressources à bas prix dans des régions aux règles environnementales et sociales plus souples.

Devant le culte de l’argent qui s’affiche dans les médias et dans la culture populaire, les critiques du capitalisme peinent à se faire entendre.

Contre le capitalisme sauvage

L’expression «capitalisme sauvage» est popularisée à partir des années 1980 pour décrire et dénoncer les évolutions récentes du capitalisme, jugées néfastes et violentes.

Le capitalisme pousserait les entreprises, motivées par la seule recherche de profit et de croissance, à agir au dépens de toute responsabilité sociale et collective. Exploitation abusive des ressources naturelles, exploitation des populations des pays pauvres, pollution de l’environnement, exploitation des travailleurs et exacerbation de l’individualisme, le capitalisme serait néfaste pour les sociétés et l’environnement et conduirait à valoriser des  comportements immoraux, voire criminels.

L’expression «capitalisme sauvage» sert également à désigner les activités capitalistes relevant d’activité criminelle violente et bafouant les règles, les lois (mafias, motards criminalisés, etc.). La croissance du commerce international favorise également la croissance des trafics illicites, et une part non négligeable de l’économie licite est liée à des groupes qui prennent aussi part à des activités illégales (fraude, trafic de drogue, usure, trafic humain, proxénétisme, etc.). 

Vers la fin des années 1990 et au début des années 2000, les mouvements contestataires se disent «altermondialistes», proposant une autre forme de mondialisation. Ils s’opposent notamment aux accords de libre-échange que signent les États et s’attaquent aux politiques mises en place par les organisations transnationales comme le FMI, la Banque mondiale ou l’organisation mondiale du commerce (OMC).

Ces mouvements coalisent les luttes anti-capitalistes, anti-colonialistes, écologistes, etc. et revendiquent collectivement une plus grande démocratie de ces institution, une plus grande autonomie des peuples, ainsi que le respect et la protection des droits fondamentaux des humains et de la nature.

En route vers l'an 2000

La financiarisation et la mondialisation de l’économie s’accélère rapidement avec l’invention et le développement de l’internet qui offre la capacité d’échanger et de transférer de plus en plus d’information, de plus en plus rapidement. 

Les médias d’information, la télévision en particulier, connaissent un essor considérable à partir de la fin des années 1980, encouragées dans un grand nombre de pays par la déréglementation. De nouveaux services et de nouveaux géants voient le jour dans les secteurs des nouvelles technologies. Les télécommunications se développent rapidement et les consommateurs sont confrontés à de nouveaux objets qui modifient considérablement leurs habitudes (ordinateurs, guichets automatiques, téléphones cellulaire, etc.).

La tendance est à la concentration des grandes entreprises et à la convergence des activités médiatiques. Les pays les plus riches s’enrichissent, les grandes entreprises et les classes les plus riches de ces pays s’enrichissent également. Tout semble aller pour le mieux…

… si on ignore bien sûr les avertissement qui ne cessent de se multiplier chez les écologistes, notamment, mais aussi dans les mouvements sociaux, féministes, altermondialistes, etc.

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