Université du Québec à Montréal | École des médias

Configurations socio-économiques des médias

Au courant des années 1970 et plus fortement à partir des années 1980, des chercheurs en économie politique développent un certain nombre de «logiques» ou de «modèles» qui visent à analyser les configurations industrielles des entreprises culturelles et médiatiques.

Chaque modèle est un «idéal type» qui vise à expliquer les rapports entre les différents acteurs de la chaîne de valorisation. Nous nous intéresserons ici aux caractéristiques de ces modèles, que nous illustrerons par des exemples des industries culturelles québécoises en retraçant l’évolution des configurations socio-économiques des médias (presse, radio, télévision), des principales filières de l’audiovisuel (cinéma, musique enregistrée) ou du multimédia (jeu vidéo).

PARTIE 1
Les Modèles socio-économiques
des industries culturelles

Comment les entreprises génèrent-elles leurs revenus ? 

C’est en quelque sorte la question principale que posent les différents modèles socio-économiques des industries culturelles.

Or, l’étude de cette question permet aussi de proposer des réponses à un ensemble d’autres questions fondamentales de l’analyse économique des médias et de la culture, de l’étude des industries culturelles et médiatiques.

Quelles ressources matérielles, technologiques et humaines sont nécessaires aux différentes industries ?

De quelle manière et à quelles fins ces ressources sont-elles exploitées ?

Quels sont les effets de ces différents modèles d’organisation industrielle sur le travail, la consommation, la société ?

Chaîne de production / valorsiation des biens

La production des biens industrialisés (symboliques ou non) est généralement illustrée par une suite d’étapes sucessives qui permettent d’illustrer comment on passe de la matière première à un produit fini qui sera utilisé par des consommateurs. Cette «chaîne» de production, ou de valorisation des biens économiques se compose ainsi des étapes suivantes :

création

production / édition

distribution

diffusion / programmation

consommation / utilisation

C’est en analysant comment s’opère la valorisation du capital à chacune de ces étapes de la production des biens et des services qu’on peut établir les différents modèles adoptés par les industries culturelles. 

INDUSTRIES CULTURELLES

« On entendra ici par industries culturelles un ensemble de branches, de segments et d’activités industrielles auxiliaires qui produisent et distribuent des marchandises à contenu symbolique, conçues par un travail créatif, organisées par un capital qui se valorise et destinées finalement aux marchés de consommation, et qui joue aussi un rôle de reproduction idéologique et sociale. »

INDUSTRIES CULTURELLES

« Les industries culturelles peuvent donc être définies comme l’ensemble en constante évolution des activités de production et d’échanges culturels soumises aux règles de la marchandisation, où les techniques de production industrielle sont plus ou moins développées, mais où le travail s’organise de plus en plus sur le mode capitaliste d’une double séparation entre le producteur et son produit, entre les tâches de création et d’exécution. »

modèle éditorial

Le premier modèle «historique» des industries culturelles, c’est le modèle dit éditorial. C’est le modèle adopté très tôt par les entreprises de presse écrite et d’édition de livre, mais aussi par le spectacle, la musique enregistrée et le cinéma. 

Ici, l’éditeur du produit sélectionne les contenus et contrôle la distribution des biens produits qu’il vend (par exemple un livre ou un journal) ou loue (une place de cinéma).

Le deuxième modèle «historique» des industries culturelles, c’est le modèle dit de flot. C’est le premier modèle des médias électroniques (radio, télévision), mais la presse écrite et le cinéma empruntent également à ce modèle. 

Ici, c’est le diffuseur qui sélectionne les productions qui composeront la programmation accessible, généralement gratuitement. La production est alors financée par la vente de publicité.

modèle de flot

LA PRESSE ÉCRITE

Le modèle éditorial

Pré-industrialisation et développement de la presse

Les techniques mécanisées d’impression développées en Europe au milieu du XVe siècle ont considérablement accéléré la reproduction de livres qui devaient être, jusqu’alors, entièrement réalisés à la main. Depuis les débuts de l’écriture, les «ouvrages» manuscrits constituaient des oeuvres rares et précieuses, coûteuses. La presse typographique fera diminuer considérablement les coût de reproduction des manuscrits et favorisera la distribution du livre, le développement de nouveaux genres littéraires et la circulation de nouvelles idées.

L’amélioration des techniques d’imprimerie a peu à peu contribué à l’apparition de
nouvelles formes d’écriture à travers la «presse» écrite, à par tir des XVIe et XVIIe siècles.

Le développement de la presse écrite se nourrit de différents facteurs comme:

  • le développement des échanges économiques à l’échelle nationale et internationale,
  • l’avènement de la bourgeoisie,
  • les premières luttes pour la liberté d’expression et la création des postes modernes,
    réseau de communication essentiel pour la circulation des idées.

La presse est d’abord principalement militante et réservée à une élite. On y distingue peu les propriétaires, les travailleurs et le lectorat.

Les imprimés accordent une place centrale au commentaire, font l’objet de nombreux procès et ne cherchent pas à faire de profits ; surtout à faire circuler des idées. C’est une presse vivante dans les périodes « chaudes » de l’histoire.

À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, au Québec comme ailleurs, la presse écrite est florissante. Les journaux quotidiens comme les revues périodiques spécialisées se multiplient, et les tirages augmentent.

Les journaux sont la propriété d’hommes souvent impliqués en politique, et alors très partisans, ou alors édités par les communautés religieuses.

Fondée à Montréal en 1884, La Presse est l’un des plus vieux journaux francophones toujours en activité au Québec.

À Québec, en 1896, Le Soleil, «Organe du parti libéral», est fondé par des membres du Parti libéral, dont Wilfild Laurier, premier ministre du Canada de  1896 à 1911, et Lomer Gouin, premier ministre du Québec de 1905 à 1920.

Le Devoir est quant à lui publié pour la première fois en 1910 à Montréal, fondé par Henri Bourassa, ancien député fédéral qui deviendra un farouche opposant de son ancien gouvernement.

La nécessité de soutenir la mise en valeur du capital (recherche de profit) encourage l’augmentation progressive de la productivité et accentue le processus d’industrialisation de la presse en favorisant notamment :

  • la division des tâches ;
  • la professionnalisation du journalisme ;
  • la spécialisation des contenus et des publications ;
  • la séparation entre les faits et les commentaires ;
  • la croissance du divertissement dans les pages de journaux.

Au début du XXe siècle la compétition est très forte : on publie des centaines de gazettes, de journaux et de bulletins de tous genres sur l’ensemble du territoire. La presse connaît son premier âge d’or au début du xxe siècle en se faisant plus accessible et plus diversifiée que jamais auparavant.

Le modèle alors adopté par les médias écrits ne changera pratiquement pas jusqu’à la fin du siècle.

Le financement repose sur :

  • Les abonnements
  • La vente directe (camelots, nombreux points de vente)
  • Publicité
  • Petites annonces / Avis divers (publics, légaux, de décès, etc.)

Les entreprises de presse contrôle généralement l’ensemble de la chaîne de valeur.

La presse écrite demeure un secteur relativement stable jusqu’à la fin du siècle, surtout marqué par d’importantes revendications et conflits professionnels, témoignage des importants profits engrangés par les «magnats de la presse».

La vigueur du secteur permet une développement rapide de nouveaux formats, genres et approches journalistiques.

Le Petit Journal, lancé en 1926, est le premier tabloïd québécois. Publié dans un format plus compact et illustré. D’autres titres marqueront l’histoire des tabloïds québécois, comme le Montréal-Matin ou le Allô Police.

Le Devoir, édition du 7 mai 1945. Le journal revendiquera son indépendance et, malgré plusieurs difficultés financières, demeure la propriété de ses administrateurs et de ses employés.

La Presse, édition du 11 avril 1956. Le journal occupe une position dominante qui lui confèrera le titre auto-proclamé de «plus grand quotidien francophone d’Amérique», jusqu’au milieu des années 1960. 

En 1963, Pierre Péladeau devient un joueur incontournable de l’information en lançant Le Journal de Montréal, à mi-chemin entre le tabloïd et le quotidien d’information.  En 1967, Paul Desmarais, président de Power Corporation, une entreprise à portefeuille qui compte notamment des intérêts dans les domaines de l’énergie (pétrole) et dans l’impression commerciale, acquiert le journal La Presse. Les deux hommes se partageront le principal marché de la presse écrite au Québec jusqu’au début des années 2000.  Le marché de la presse est cependant vivant et diversifié : on peut distinguer différents types de journaux, selon leur diffusion (nationale, intermédiaire ou locale), leur format (grand format, tabloïd), leur périodicité (quotidien, mensuel, hebdomadaire) ou leur type de propriété (conglomérats, indépendants, communautaires, etc.). Des commerces spécialisés voient le jour (maisons de la presse) et si la tâche des éditeurs est primordiale, la distribution est la clé du succès.

La vitalité économique de la presse écrite favorise, tout au long des années 1980-90, l’essor de nouvelles publications et de nombreux hebdomadaires ou mensuels. En 1998, le Québec compte plus de 200 hebdos tirés à 5 millions d’exemplaires par semaine, pour près de 250 millions de chiffre d’affaires annuel pour cette branche. La quasi totalité de ces hebdos sont distribués gratuitement.

Le journal Voir est un exemple de la vitalité de cette industrie, distribué gratuitement dans les commerces de Montréal et reposant uniquement sur les publicités et les annonceurs.

À la fin des années 1990, la compétition des imprimés et des médias électroniques menace peu à peu la survie et le développement de la presse.

Les grandes entreprises de presse sont de grosses industries peu agiles craignant le risque. Les principaux titres sont soutenus par les groupes à qui appartiennent les journaux (ex. Québecor et Power Corp.) La presse indépendante arrive à survivre grâce à l’engagement de son lectorat.

À la fin des années 1990, la forte compétition entre les nombreux imprimés et l’avènement des médias électroniques menacent peu à peu la survie et le développement de la presse. Les grandes entreprises de presse sont de grosses industries peu agiles craignant le risque. Les principaux titres sont soutenus par les groupes à qui appartiennent les journaux (ex. Québecor et Power Corp.) La presse indépendante arrive à survivre grâce à l’engagement de son lectorat… c’est le début de «la crise des médias écrits», appelant une réorganisation de fond en comble du modèle d’affaires.

radio / télévision

Le modèle de flot

Le Canada pionnier des télécommunications

C’est 1846 que s’établissent les premières compagnies de télégraphie canadiennes, cherchant à exploiter, au Canada, l’extraordinaire invention que le britannique Samuel Morse a développée en 1837.

En 1876 A. G. Bell fait breveter le téléphone qui permet de transmettre la voix à distance, une révolution qui sera suivie rapidement de celle à laquelle participe Guglielmo Marconi, qui parvient, en 1901, à transmettre un signal électromagnétique sans fil de Saint-Jean, Terre-Neuve, jusqu’en Cornouailles, en Angleterre.

En 1919, la filiale montréalaise de la Marconi Wireless Company, devient la première radio au monde à diffuser du contenu selon un horaire régulier. La radio, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est née.

Au départ, sans réglementation précise, la radiodiffusion grand public est rapidement convoitée par des annonceurs qui commanditent les programmes, soit des émissions en direct ou des retransmissions d’événements captés un peu partout autour du monde (concerts, galas de boxe, etc.).

On écoute généralement la radio en famille, pour s’informer, se divertir, ou pour prier. Les programmations ne sont pas en continu et sont souvent morcelées au courant de la semaine. 

La radio intègre peu à peu le quotidien et l’appareil, souvent massif, se taille une place de choix dans les salons de ceux qui ont les moyens de s’en procurer un.

« Propriété du journal La Presse depuis sa création en 1922, le poste radio CKAC de Montréal s’impose tôt comme le plus important diffuseur francophone d’Amérique du Nord. La majorité du temps d’antenne des premières années va à la diffusion de musique classique et de chansons, dont une large part de contenus américains. En 1927, un partenariat intervient avec le réseau américain CBS pour la retransmission à Montréal de grande musique symphonique et de variétés. Le taux d’émissions américaines entraîne la tenue de la Commission Aird, qui mène elle-même en 1936 à la création du réseau public de Radio-Canada. »

La soprano fraco-américaine Lily Pons, en visite à CKAC en 1939.

La nature et la qualité de ce qui est diffusé à la radio préoccupe les pouvoirs publics. 

Les principales préoccupations du gouvernement concernent la capacité de déployer un réseau fiable sur l’ensemble du vaste territoire Canadien, et le danger que présente «l’américanisation des ondes», surtout au Canada anglais.

En 1929, la Commission Aird, qui étudie différents modèles d’implantation de la radiodiffusion, s’intéresse spécifiquement aux aspects suivants :

  • qualité des émissions : cherche à agir contre la médiocrité des programmes
  • présence de la publicité : critique la trop grande place de la publicité
  • universalité de l’accès : soutient le déploiement dans les régi ons peu peuplées
  • souveraineté culturelle : lutte contre la domination des programmes des États-Unis

« C’est ainsi que l’insuffisance du rayonnement en certaines régions, l’absence d’un service national d’émissions canadiennes, le peu d’occasions données aux artistes canadiens de se faire entendre, ont donné naissance à un problème caractéristique du Canada: l’ampleur des frais dans un pays à population disséminée dans de vastes étendues.

Ce problème eut aussi des répercussions sur les affaires. Une compagnie appartenant à des Canadiens ne pouvait aspirer à soutenir la concurrence des entreprises dont la compagnie-mère avait son siège aux Etats-Unis et dont les produits étaient annoncés sur des stations américaines à la portée des foyers canadiens, sans compter sur un régime de réclame radiophonique à l’échelle nationale au Canada. Pourtant, cette réclame était impossible sans un service de réseau assuré à peu de frais et les seules ressources de la réclame ne suffisaient pas à faire vivre un réseau sur le plan national. »

«Au cours des années 1920, la “nation” canadienne restait à construire sur les restes de l’ancien empire britannique pour éviter de tomber sous l’égide du nouvel empire américain. Car la question de l’unité au moyen des médias est étroitement – et depuis longtemps – liée à celle de l’influence américaine, qui rend difficile, voire utopique, la construction d’un Canada culturellement souverain et homogène. Dans l’espace canadien coexistent au moins deux cultures nationales inégalement affirmées. […] La radiodiffusion est historiquement marquée par une constante opposition conceptuelle : devrait-elle constituer un moyen politique et culturel consacré à l’éclosion d’une personnalité canadienne ou un instrument de profit asservi à des fins commerciales, sans autre objectif ? »

« Entre, d’une part, l’étatisation intégrale, proposée par la commission Aird et que la nation n’avait pas les moyens de s’offrir et, d’autre part, la commercialisation complète, qui s’était déjà révélée insuffisante et dont le commerce ne pouvait se payer le luxe, il y avait un compromis… compromis trouvé plus tard dans l’association des stations publiques et privées au sein d’un régime national.»

Les bases de la relation entre l’État canadien est les télécommunications s’établissent rapidement et favorisent l’intervention publique.

En 1936, la Société Radio-Canada (SRC) est fondée avec comme mandat de déployer un réseau de radiodiffusion et une programmation canadienne d’un océan à l’autre. La radio d’État doit servir de contre-poids aux radios commerciales et offrir un contenu de qualité pour faire face à la profusion de contenus états-uniens.

En 1948, l’industrie canadienne de la télévision est officiellement lancée.

Celle-ci est d’abord une industrie technologique : c’est l’industrie de la fabrication des téléviseurs.

Le défi qui se pose pour le gouvernement et les industriels est double :

– favoriser l’adoption de ce nouveau média en encourageant l’achat de postes de télévision

– développer un réseau capable de rejoindre tous·tes les Canadien·nes

En 1952, c’est le modèle public qui s’impose lors de la fondation de la télédiffusion canadienne, à Montréal.

La Société Radio-Canada (SRC) reçoit le mandat du le gouvernement pour mettre en place un réseau de télédiffusion qui rejoindra, par ses infrastructures et ses contenus, le maximum de canadiens. Pour ce faire, la SRC compte sur une collaboration avec des exploitants de stations locales privées et la publicité est autorisée pour soutenir les activités et compléter le financement du service de télévision publique canadien.

En s’alliant à des stations privées et en déployant des antennes de diffusion dans différents centres urbains du pays, la SRC constituera rapidement un vaste réseau qui couvrira une grande partie du territoire canadien, laissant toutefois de côté les territoires éloignés. Ceux-ci ne seront vraiment desservis par la télévision qu’à partir des années 1970, avec le développement des réseaux de transmission satellite, lesquels favorisent également la transmission de reportages ou d’émissions de l’étranger. Progressivement, «l’industrie de la télévision» canadienne délaisse la fabrication des équipements, qui est délocalisée vers les États-Unis et l’Asie, pour ne désigner que la production, la distribution et la diffusion des contenus télévisuels.

La programmation est, pour l’essentiel, définie par les grands centres (Montréal et Toronto).

La publicité et la commandite de programmes fait partie du financement de la télévision dès les débuts. On rivalise même d’ingéniosité pour intégrer les publicités à même le contenu des programmes, comme ici, dans le téléroman La famille Plouffe, vers la fin des années 1950.

La télévision est un média relativement lourd et coûteux qui demande d’importants équipements et des installations élaborées. Elle permet cependant de porter l’image en direct, et au fil des années 1950 et 1960, les techniques de retransmission évolueront rapidement, devenant moins coûteuses et plus fiables.

La SRC déploiera rapidement un vaste réseau qui couvrira une grande partie du territoire canadien, mais laissant de côté les territoires éloignés qui ne seront vraiment desservis par la télévision qu’au courant des années 1970 avec le développement des réseaux de transmission satellite.  

De 1952 à 1961, La Société Radio-Canada / Canadian Broadcasting Corporation a le monopole de la « télévision publique » au Canada, mais les appels se font de plus en plus forts en faveur de la libéralisation de la télévision. En 1958, un organisme de réglementation distinct est créé afin de réguler la fin de la politique du « canal unique » : le Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion.

En 1961, le gouvernement autorise l’entrée en onde de nouvelles stations privées. C’est la naissance de la chaîne anglophone CTV et de la première chaîne de télévision privée francophone, Télé-Métropole.

La programmation de ces chaînes se remplit assez rapidement de programmes originaux plus conviviaux que ceux proposés à la SRC, mais aussi de très nombreuses émissions américaines.

La télévision privée met également beaucoup l’accent sur le cinéma pour attiser sa popularité, intégrant rapidement des films à sa programmation principale.

La télévision des années 1960 et des années 1970 est un vaste laboratoire.

Au Québec, la Société Radio-Canada et Télé-Métropole (qui devient le réseau TVA en 1971), mènent une lutte à l’exclusivité pour accaparer l’auditoire francophone.

Dans le reste du pays, la compétition des stations américaines est difficile à contrecarrer pour les stations canadiennes. Dans les deux cas, les grilles de programmation reposent largement sur les contenus produits aux États-Unis.

De 1960 à 1980, c’est surtout l’évolution de la technologie et la délocalisation de la production des appareils qui caractérise le développement économique de la télévision : couleur, satellite, câblodistribution…

En 1968, pour réglementer et soutenir le développement de la télévision et des télécommunications au Canada, le gouvernement met en place le CRTC qui assurera un rôle d’arbitre entre les acteurs des communications canadiennes.

Parmi les nouvelles technologies des années 1970, la télédistribution par câble ou par antenne collective permet d’améliorer et d’augmenter considérablement le nombre de signaux captés par les usagers. La pression auprès du CRTC pour étendre le service se fera sentir et en 1984, le CRTC libéralise le marché de la télévision.

Cela permet la création d’une troisième chaîne généraliste de télévision québécoise, Télévision Quatre Saisons (TQS), et des premières chaînes spécialisées accessibles par câble. Ces nouveaux services de télévision (télédistribution / chaînes spécialisées) sont souvent mis en place par des entreprises qui étaient en marge des principaux réseaux, comme Vidéotron, Cogeco, ou Astral. 

 

Ces chaînes sont généralement mises sur pied conjointement en français et en anglais, et se consacrent d’abord à la météo (Weather Channel / Météo Media) au cinéma (First Choice / Premier-Choix > Super Écran) à la musique (Much Music / Musique Plus) aux émissions pour enfants (Family Choice / Canal Famille) ou aux sports (TSN / RDS).

modèle de club

Au courant des années 1970 et à plus forte raison à partir des années 1980, la technologie rend possible un nouveau modèle socio-économique pour les entreprises culturelles, le modèle de club. Ce modèle repose sur l’abonnement à un service personnalisé de distribution de contenus. 

Ici, c’est le distributeur qui occupe une place centrale, puisque c’est lui qui détermine les modalités de l’accès.

La libéralisation du secteur télévisuel canadien est accompagnée d’un désinvestissement progressif dans les activités de Radio-Canada.

La stratégie du gouvernement est d’encourager la production indépendante en investissant (et en amenant les télédiffuseurs à investir) dans les contenus issus de maisons de productions privées.

En 1991, le gouvernement du Canada désigne trois secteurs du « service public » : la télévision publique / la télévision privée / la télévision communautaire

À partir de 1995, les entreprises de télécommunication prennent de plus en plus d’importance dans le marché de l’audiovisuel. Le développement de la câblodistribution, du satellite, de la téléphonie cellulaire et de la distribution de l’internet font converger d’importants capitaux vers ces acteurs jusqu’alors marginaux.

En 1995, suivant la tendance établie aux États-Unis avec le réseau CNN (1980) et au Canada anglais avec CBC Newsworld (1989), Radio-Canada lance une première chaîne francophone d’information continue (RDI), suivie en 1997 par sa contrepartie privée (LCN).

Le nombre de chaînes spécialisées ne fera qu’augmenter à partir de cette date, le CRTC autorisant de nouveaux acteurs majeurs des médias à développer de nouvelles chaînes offertes en bouquets par les télédistributeurs.

La compétition entre les réseaux de télévision s’intensifie tout au long des années 1990 alors que les diffuseurs investissent massivement pour produire des émissions grand public populaires qui leur permettent d’accaparer les plus grandes parts de marché.

Les grandes tendances économiques des années 1980-90 s’imposent de plus en plus dans le secteur des télécommunications et de la télédiffusion :

libéralisation / déréglementation / privatisation /concentration / financiarisation / globalisation

Ces tendances sont surtout le fait de grandes entreprises historiquement implantées (Bell, Rogers) et ébranle la cohabitation traditionnelle de grandes et de petites entreprises, d’entreprises familiales et de firmes détenues par des actionnaires.

Dans le secteur des «communications» comme dans d’autres secteurs industriels, les stratégies financières et industrielles dominantes au début des années 2000 reposent sur l’augmentation de la taille des groupes par :

      • l’achat d’entreprises concurrentes (intégration) et la fusion pour former des grands conglomérats 
      • croissance des publics et des externalités

Les entreprises misent sur ces stratégies industrielles afin de :



      • réaliser des économies d’échelle (concentration horizontale)
      • assurer un plus grand contrôle de la filière (concentration verticale)
      • accaparer une situation plus importante dans le marché (propriété croisée)
Pour y parvenir, elles :
      • font appels aux marchés pour augmenter leur capitalisation (émission ou échange d’actions)
      • empruntent l’argent nécessaire (endettement)
      • financent ces opérations à même les fonds de l’entreprise (autofinancement)

Lexique des situations industrielles

CONVERGENCE

Le terme est à la mode à l’époque et désigne un ensemble de logiques qui affectent différents domaines :

au sens économique (fusions et acquisitions) / en termes techniques (numérique) / par rapport aux différents métiers (ex. journalisme) / en termes politico-réglementaires 

« Les domaines des télécommunications et de la radiodiffusion évoluent rapidement et convergent en un seul univers des communications. La durée des cycles d’innovation, d’adoption et d’innovation supplémentaire, concernant les services, les applications et l’infrastructure se mesure maintenant en mois plutôt qu’en années. Les organismes de réglementation du monde entier ont peine à suivre le rythme. Lorsque des intérêts nationaux aussi essentiels que l’expression culturelle et une industrie des communications valant plusieurs milliards de dollars sont en jeu, l’étude approfondie des défis et occasions d’une réponse à la fois rapide et mesurée à l’évolution technologique s’avère nécessaire. »

À partir de 1995, les entreprises de télécommunication prennent de plus en plus d’importance dans le marché de l’audiovisuel. Le développement de la câblodistribution, du satellite, de la téléphonie cellulaire et de la distribution de l’internet font converger d’importants capitaux vers ces acteurs jusqu’alors marginaux.

En 1999, avec le développement de l’internet, le CRTC prend deux décisions qui se révèleront d’une importance considérable sur l’avenir des médias : 

        • la première est de ne pas contraindre les «nouveaux médias» à la Loi sur la radiodiffusion
        • la seconde est de ne pas nuire aux stratégies de concentration que demandent les grands groupes médiatiques tels que Bell, Rogers et Vidéotron.